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Métahistoire

La Passion de la Terre

Seconde Partie

•> 07. La cache Egyptienne

•> 08. Au Sein des Mystères

•> 09. Ecoles de Co-Evolution

•> 10. La Déesse Déchue

•> 11. Physique du temps de Rêve

•> 12. Le Dieu Dément

•> 13. La Passion de Sophia

•> 14. L'Intercession Christique

•> 15. Le Chemin des Révélateurs

•> 16. Une Gerbe de Blé Coupé

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Chapitre 9

Les Ecoles de Co-Evolution

John Lash

Traduction de Dominique Guillet.

Les anciens témoignages se rapportant aux Mystères attribuent, constamment, la révélation de la Lumière Organique à la Déesse, personnifiée par Isis, Déméter ou la Grande Mère. Un instructeur du lignage d'Hypatia écrivit:

“Déméter scelle tout ce que nous avons vu et entendu par ses propres déclarations et manifestations, par des nuées de lumière étincelante et par des mers de nuages... et ensuite, finalement, la lumière de sérénité merveilleuse emplit le temple et nous contemplons les champs purs de l'Elysée et nous entendons les choeurs des Bénis. Le hiérophante devient alors le créateur et le révélateur de toutes choses, concrètement, et non pas seulement au travers d'interprétations philosophiques ou d'apparences extérieures.”

La Lumière Organique est une substance opalescente et nébuleuse, le “Voile d'Isis”. Les sources Païennes, tout comme les sources Asiatiques (Tantriques) la comparent à de la nacre ou à de la lumière lunaire substantielle. Lorsqu'ils rencontraient la Lumière, et dans une certaine mesure lorsqu'ils y pénétraient, les initiés entraient en présence de la Déesse Blanche dont le corps est constitué par “des nuées de lumière étincelante et par des mers de nuages”. Elle est l'Alter, mais elle est aussi la Mère. L'initié devait atteindre un état d'être sans ego, il devait se libérer du soi, avant de pouvoir rencontrer Isis (qui n'est que l'un de ses multiple noms) et de recevoir l'instruction divine.

Que peuvent apprendre de nos jours ceux qui acceptent de se libérer de leur obsession égocentrique et de rencontrer la Déesse, leur mental illuminé par “la lumière de sérénité merveilleuse”?

Grand Relief d'Eleusis

Cellules Et Ecoles

La majeure partie de ce qui était enseigné dans les Ecoles des Mystères était de nature pratique et totalement concrète. Pour être plus précis, les écoles étaient des espaces d'éducation qu'il ne nous faut pas confondre avec les cellules des Mystères qui étaient des lieux d'initiation. Les cellules, constituées de seize membres (voir description dans le chapitre 6), étaient originellement attachées à des sites mégalithiques, à des cercles de pierres et à des grottes préhistoriques décorées. Des temples furent éventuellement érigés à proximité de ces sites. Autour de chaque temple s'élevait un complexe de bâtiments qui servaient de salles de classe et d'ateliers: c'était l'école ou le campus attachés au culte initiatique dans des lieux tels qu'Olympe, Delphes et Eleusis. En privilégiant le caractère bio-régional des Mystères, les initiés conçurent le curriculum des écoles de telle sorte qu'il reflétât les caractéristiques raciales, culturelles, historiques, linguistiques, géographiques et environnementales spécifiques aux peuples qu'ils servaient.

Il existe une confusion de très longue date, quant à l'identification des cultes des Mystères, qui provient de l'ignorance des idéologues Chrétiens. Les compilations d'Irénée, d'Hippolyte, d'Epiphanius et du Pseudo-Tertulien citent quasiment une centaine de noms: les Séthiens, les Carpathiens, les Nicolaïtes, les Barbelo-Gnostiques, les Ophites, les Valentiniens, les Gorothènes, les Simoniens, les Phibionites, les Borborites, les Sécundiens, les Colorbasiens, les Caïnites, les Archonites, les Kataphyriens, et de nombreux autres. Des adeptes des Mystères, tels que Simon ou Valentinus, ont donné leur nom à certains de ces mouvements. Les adeptes conservaient normalement l'anonymat, à l'image des constructeurs des cathédrales gothiques durant les temps médiévaux, mais au début de l'ère Chrétienne, certains d'entre eux choisirent de briser cet anonymat afin de pouvoir s'exprimer en public et s'opposer à l'idéologie rédemptionniste. Les autres dénominations des répertoires hérésiologues dérivent des conceptions considérées comme constituant le coeur de la doctrine de tel ou tel groupe: les Barbelo-Gnostiques, par exemple, sont dits avoir vénéré la Barbelo aux quatre visages, un archétype féminin divin comparable au Mahamudra du Bouddhisme. Les Ophites vouaient un culte au Serpent Divin, Ophis, ce qui signifie que c'étaient des adeptes de la Kundalini, le Pouvoir du Serpent. L'identification selon des critères de spécialisation se rapproche le plus de la manière dont les telestai eux-mêmes définissaient leurs activités. Certains groupes sont caractérisés par leur région d'implantation: les Phrygiens, les Alexandrins, les Syriens. Les initiés de cet immense réseau évoquaient des Mystères Hyberniens, Ibériens, Samothraciens, et ainsi de suite, en se référant toujours à des spécificités régionales.

En réalité, aucun de ces groupes n'était une “secte Gnostique” à proprement parler parce que gnostokos était le terme générique pour toute personne versée dans les matières divines et de telles personnes oeuvraient dans toutes les écoles. Les noms attribués à tort aux “sectes Gnostiques” dans les répertoires des chasseurs d'hérésies ne décrivaient en fait que des cellules des Mystères, chacune ayant sa propre spécificité et son caractère régional, ce qui explique la grande diversité de désignations. Il n'existait pas de sectes Gnostiques en tant que telles: il y avait, par contre, des nuances dans ce que les Gnostokoi enseignaient, différentes accentuations et différents secteurs d'expertise. Par exemple, les enseignements Séthiens mettaient l'accent sur le cycle des révélateurs tandis que les enseignements Valentiniens soulignaient la “correction” de la Divine Sophia au travers de l'intercession de Christos. Dans une situation comparable aujourd'hui, un professeur d'histoire se spécialisera dans l'histoire de l'Amérique Latine tandis que son collègue se spécialisera dans l'étude de l'art pré-Colombien. Les Gnostokoi étaient, également, hautement spécialisés. Si l'on veut se rapprocher de la signification que ce terme possédait à l'époque d'Hypatia, il serait plus adéquat de le traduire par “expert”, “personne ressource” ou “conseiller spécial”.

Les telestai instruisaient à la fois des étudiants en résidence et des étudiants dans la vie active. Leurs classes incluaient les arts et les artisanats tels que la poterie et la construction de navires. L'antique curriculum englobait toutes les disciplines, de l'archerie à la zoologie en passant par la formation des sages-femmes. Les telestai enseignaient tout autant les disciplines appliquées, telles que la peinture, la poterie, la navigation, la cartographie, l'herboristerie, que les études plus théoriques, telles que l'astronomie, la médecine, la musique, les mathématiques. Il est certain que tous les enseignants des Ecoles de l'Antiquité n'étaient pas des initiés des Mystères mais beaucoup l'étaient, plus particulièrement les grands maîtres, qui comptaient beaucoup de femmes en leurs rangs. Les enseignants qui n'étaient pas initiés oeuvraient en compagnie proche de ceux qui l'étaient.

Autour de chaque temple s'élevait un complexe de bâtiments qui servaient de salles de classe et d'ateliers: c'était l'école ou le campus attachés au culte initiatique dans des lieux tels qu'Olympe, Delphes et Eleusis.


Transsentir et Mort de l'Ego

Les initiés qui se consacraient à l'éducation de l'humanité s'inspiraient essentiellement de ce qu'ils apprenaient lors de l'instruction par la Lumière Organique. L'identité personnelle constituait le principal blocage dans le vécu de cette expérience et elle est encore, de nos jours, l'obstacle le plus formidable à la compréhension moderne des Mystères. Tout un chacun est enclin à sombrer dans le piège de la déification lorsque le sujet de l'initiation est évoqué. Tant que la mort de l'ego n'a pas été vécue au travers d'une expérience directe, il est aisé de présupposer que l'initiation implique un niveau supérieur d'identification; l'impact dégrisant de la perte de l'ego chasse cette illusion. La question de l'expansion dans “un sens plus large du soi” constitue l'une des problématiques les plus ardemment débattues au sein de l'écologie profonde et, à ce jour, elle n'a pas été résolue. L'identification supérieure est généralement évoquée comme la manière de cultiver une expérience écologique profonde mais empathie est un terme plus adéquat qu'identification pour décrire ce que les mystiques Païens vivaient. Cette expression reste néanmoins problématique: Arne Naess déclare, avec une éloquence simple et tranquille, que l'empathie avec tout ce qui vit nous vient au travers d'un sens plus élargi de l'identification. Comment pourrait-on mieux l'exprimer? N'existerait-il pas une forme d'empathie au-delà de l'identité et de l'identification? Comment situons-nous l'appel à une identification élargie en relation avec la mort de l'ego requise par les Mystères?

L'écologie profonde, en quête d'expressions adéquates, est réputée pour ses néologismes et je peux donc oser amener ma pierre. Je propose le terme “transsentir” pour la transcendance de l'identification à l'ego qui était vécue dans les Mystères. Transsentir possède deux significations. La première est un état au-delà de l'identification à l'ego ou à l'entité personnelle. La seconde est une immersion sensitive profonde dans tout ce qui vit, un sentir au travers, trans-sentir. L'expérience des Mystères requérait la première condition afin d'atteindre la seconde. Dans l'immersion sensitive, nous ne vivons pas seulement en relation avec toute vie, en connexion avec la nature et le cosmos, mais nous vivons au travers de toute vie et toute vie vit au travers de nous. Trans- signifie ici au travers plutôt qu'au-delà. Ce préfixe implique une sorte de porosité atteinte par une dissolution momentanée des fixations de l'ego personnel. Apulieus décrivit la sensation d'être “trans-fusé au travers des éléments”. L'expérience de la mort de l'ego dans les Mystères pourrait être exprimée selon cette formulation: au-delà du soi et se transfusant dans tout ce qui vit afin que tout vive et se transfuse en moi.

S'il existe une approche à la dimension religieuse de l'écologie profonde, au travers de la Gnose, comme je le propose ici, elle ne pourra être trouvée que dans le transsentir et non la déification. La rencontre avec la Déesse Blanche se situe au-delà de l'identification - mais la théorie écosophique ne peut pas aller aussi loin ou, du moins, n'a pas encore atteint ce point. Il en sera ainsi tant que ses exposants ne seront pas passés par la mort de l'ego au point de fusion de l'immersion extatique dans la nature. On ne peut pas faire l'économie de la perte du mental égocentrique si l'on veut que le corps accueille le flux bienfaisant de la Lumière Organique. L'illumination Gnostique n'est ni une notion théorique ni un jeu divin. La Gnose est le chemin de la cognition extatique. Mais l'évocation de l'extase et de la mort de l'ego est notoirement absente dans les débats écosophiques relatifs à l'identification par l'expansion du soi.

Pour définir les Mystères dans le langage de l'écologie profonde, je dirais que c'étaient des écoles de co-évolution avec Gaïa, connue dans les anciens temps comme la Magna Mater. Les Gnostokoi qui enseignaient dans les Ecoles des Mystères étaient inspirés par un mythe élaboré dans lequel une déesse appelée Sophia tomba du ciel et se métamorphosa en la Terre. Son nom est Sagesse et sa nature est suprêmement intelligente, organique, autopoétique et magnifiquement complexe. La présence de cette divinité particulière était expérimentée au moment culminant de l'initiation. Son épiphanie était le Mystère de la Lumière.

De nos jours, le fait que nous appelions la terre Gaïa est le signe que nous commençons à prendre conscience que la planète est un organisme vivant. Les photos prises de l'espace nous montrent que nous habitons sur un globe marbré de bleu et de blanc. Mais notre certitude de vivre sur une planète ronde, et flottant librement dans l'espace, n'induit pas automatiquement le paroxysme mystique de la rencontre avec la divinité incarnée en la terre, Gaïa-Sophia. Nous sommes en contact avec la Déesse de par le fait que nous vivons sur terre mais ce contact est, généralement, filtré par le conditionnement mental et la fixation de l'ego lorsqu'il n'est pas intégralement occulté par la désensibilisation vis à vis du monde naturel. Dans la carapace de notre culture, dans le cocon de notre quincaillerie technologique, dans l'isolation de nos préoccupations narcissiques, nous ne pouvons plus pénétrer dans la présence de la Terre, nous ne pouvons plus nous abandonner au charme de sa beauté surnaturelle. La co-évolution avec Sophia dépend du contact avec la Déesse dans son épiphanie de Lumière laiteuse substantielle, tout comme les anciens en faisaient l'expérience, mais un tel contact est impossible tant que notre identité de soi unique domine la conscience.

L'Ame du Monde

Les Mystères étaient à l'oeuvre sur deux plans, au niveau du peuple et au niveau de l'élite. Les Mystères populaires, ou petits Mystères, étaient des rituels communautaires associés aux cycles saisonniers de semis, de récolte et de la préparation des vivres pour l'hiver. Dans les processus de la nature, et en particulier dans les activités spécifiques à l'agriculture, les indigènes d'Europe ressentaient les actions des êtres divins, des divinités mâles et femelles. Les divinités faisaient partie de leur vie quotidienne mais les Mystères étaient l'occasion de leur consacrer un temps spécial pour exprimer leur gratitude et les honorer. “Le culte des dieux Païens” est un des pires stéréotypes attachés à la culture Européenne. Cette expression est utilisée sans la moindre connaissance de ce qui se passait réellement au sein de ces cultes ou de ce que les participants réellement faisaient, contemplaient, ressentaient et croyaient. La présomption selon laquelle les Païens pratiquaient des sacrifices humains, se livraient à des orgies, fabulaient au sujet des forces surnaturelles, méprisaient les lois de la physique, ignoraient tout sens de justice et d'amour fraternel et étaient dépourvus de ce que nous considérons comme de la moralité et de la décence basique, est malheureusement intrinsèque au sujet. Pour la plupart des gens aujourd'hui, un Païen est une personne amorale et irréligieuse et le restera à jamais.

Les grands Mystères étaient observés à l'automne, au moment des récoltes. Ils étaient célébrés durant la nuit parce qu'il était plus aisé d'amener les néophytes dans la présence de la Lumière Organique lorsque leur perception sensorielle normale était mise en veilleuse sous l'effet de l'obscurité. Les célébrants n'étaient pas éblouis par un déploiement carnavalesque de torches enflammées ou par un éclat aveuglant mystérieux comme certains récits le prétendent. Dans le telesterion, (sanctuaire intérieur), ils étaient soigneusement et sélectivement guidés parce que la Lumière des Mystères devait être observée et absorbée en petites doses douces. Un célébrant était, par exemple, guidé devant l'une des colonnes de marbre afin d'observer comment il était imprégné par la douce luminosité de la Lumière. Les initiés voyaient non seulement la colonne mais la substance douce et lumineuse dont la colonne - et qui plus est, le processus même de contemplation - étaient imprégnés.

L'epopteia, la contemplation guidée par le hiérophante, était soigneusement calibrée afin de correspondre aux capacités du postulant. L'autopsia, la vision directe et indépendante de la Lumière Organique, se produisait, en temps voulu, chez ceux qui avaient aiguisé leur faculté d'attention pour cela. L'épiphanie de la Lumière Organique induisait un doux jaillissement d'intensité somatique qui saturait le célébrant d'extase et amenait l'attention à un seuil de lucidité parfaite. Dans les Mystères, les mystae qui avaient contemplé la Lumière, de façon régulière, étaient accueillis dans la communauté des initiés avec cette formule de bénédiction “chevreau, tu es tombé dans le lait”. Les Gnostiques se nommaient eux-mêmes “la race qui se tient debout” parce qu'ils étaient capables de contempler le rayonnement divin en se tenant droits, et d'absorber la force des courants telluriques massifs qui passaient entre la terre et le ciel. Debout au sein de ces courants, ils recevaient un flux d'instructions de l'intelligence planétaire, la déesse Sophia - dans l'idiome d'aujourd'hui, l'entéléchie Gaïenne.

Ils apprenaient les secrets de la vie à partir de la source de la vie, la planète-mère.

Dans les anciens temps, l'initiation menait de l'abandon à la consécration. Ceux qui passaient par l'expérience suprême d'instruction dans les Mystères estimaient que c'était également l'expérience religieuse suprême pour l'humanité. Cette expérience, de par sa nature, ne peut ni être imposée ni être évangélisée. Les arts de la co-évolution ne peuvent pas être inculqués: ils doivent être évoqués et éveillés, ils doivent émerger des profondeurs de la psyché qui est animée par des forces de vie qui sont enracinées dans l'âme du monde, l'anima mundi. Aujourd'hui, nous pouvons communier avec Gaïa en écoutant le vent, en contemplant les nuages, en humant les parfums de la terre, et ainsi de suite, mais la fusion intime et vivante avec la divinité qui demeure en la planète n'est pas un sujet de rêverie sentimentale, c'est une expérience initiatique disciplinée. Le “mysticisme de la nature” des adeptes du Nouvel-Age, qui révèrent la terre comme une déesse, et l'harmonisation écosophique des adeptes de l'écologie profonde, qui attribuent une valeur intrinsèque à la nature en dehors de ses usages humains, ne sont, au mieux, que de faibles échos de ce qui se vivait dans l'espace sacré des Mystères.

Shakti et Sophia

“Shakti qui est en Elle-même Conscience extatique pure est également la Mère de la Nature et est la Nature même née dans le jeu créatif de ses pensées”.

Aujourd'hui, lorsque nous considérons la nature ineffable de l'expérience des Mystères, quelque chose de troublant semble contredire ce que nos sens nous disent. Vivant sur Terre, nous avons un accès direct à Gaïa, qui se manifeste dans le monde naturel, le monde des sens. Mais rien dans la sphère sensorielle ne révèle la présence de la Déesse dans une luminosité visible de couleur blanc de lait. Nous ressentons la présence vivante de Gaïa-Sophia dans la nature mais nous ne percevons pas réellement la Lumière surnaturelle. La luminosité secrète pourrait être appelée le corps de substance primordiale de la Déesse qu'il faut distinguer de son corps planétaire, la terre. Le mythos de Sophia des Gnostiques décrit comment une déesse du Plérome (le coeur cosmique ou galactique) se métamorphosa en la planète terre mais il n'explique pas comment elle resta ce qu'elle était originellement, un flux torrentiel de luminosité vivante. L'étude des enseignements du Tantra Hindou peut nous aider à comprendre la nature duelle de la déesse de la terre.

Dans Shakti et Shakta, Sir John Woodruffe, le principal exposant du Tantra Vidya en Occident, compara la religion Païenne de vénération de la nature au “chemin des Telestai Gnostiques, les initiés des Mystères”. Le nom Shakti est attribué à la Déesse en tant que matrice des forces génératrices qui produisent et substantent le monde naturel. La racine Sanskrite shak- “être puissant” se retrouve aussi dans la Shekinah, une dénomination Hébraïque, pour la présence de la divinité féminine, qui fut littéralement éliminée de la religion Judaïque. C'est la racine des termes “sacré, sacerdotal, sacrement et sacrifice”. Les compositions nominales Gaïa-Shakti et Shakti-Sophia peuvent s'avérer utiles pour mettre en valeur les parallèles clairs et constants entre le mysticisme de la Déesse en Occident et le mysticisme de la Déesse en Asie.

Les participants aux Mystères Occidentaux apprenaient que l'espèce humaine est équipée pour vivre en réciprocité avec le corps émotionnel de la Déesse comme les autres espèces non-humaines le font déjà. “Toute chose existe en Elle qui participe de la nature du ressenti dans une masse homogène”. Tel est l'enseignement du Tantra Hindou qui est pleinement compatible avec la Gnose Levantine et Européenne. Mais les enseignements Tantriques ajoutent un autre point en expliquant comment Shakti-Sophia pouvait se transformer en la terre tout en restant ce qu'elle est en termes cosmiques. “Dans son mouvement de création, le Grand Pouvoir de Megale Dynamis des Gnostiques émane des profondeurs de l'Etre et se transforme en Mental et Matière tout en demeurant ce qu'Elle était de tout temps.” Cette affirmation résume clairement le mythos de Sophia et confirme l'identification de Shakti-Sophia avec la Divinité de la Nature. Elle est à la fois la Mère de la Nature (corps de substance primordiale) et la Nature elle-même (le corps planétaire). La déesse Sophia se transforme en la terre, se métamorphosant dans les éléments physiques de la planète matérielle et sécrétant les éléments solides, fluides et aériens de l'atmosphère à partir de sa propre substance, la Lumière Mystérielle. “Cette Puissance primordiale (Adya-Shakti), en tant qu'objet de vénération, est la Grande Mère (Magna Mater) de toutes les choses naturelles (Natura Naturans) et elle est la Nature elle-même (Natura Naturata)”.

La prise de conscience de la présence de Shakti-Sophia dans le monde naturel est le don inné de tous les peuples indigènes et c'était la discipline dans les Mystères par laquelle les hommes et les femmes cherchaient à accroître cette prise de conscience au plus haut degré possible en acquérant une connaissance précise et intime des processus biologiques et géophysiques, incluant un accès direct à l'activité biochimique au niveau moléculaire. Ceux qui prenaient l'engagement sacré de connaître Gaïa étaient appelés des “phosters”, des illuminateurs ou des révélateurs. La “religion révélée” n'admet qu'une révélation unique et exclusive à certains mâles intermédiaires qui préservent la “parole de Dieu” dans des livres alors que la voie des révélateurs était une révélation ouverte et évolutive du Divin dans ses dimensions cosmiques et terrestres. La narration qu'ils lisaient et qu'ils rédigeaient n'était pas des Saintes Ecritures dictées par le dieu paternel, le propriétaire absent de la terre. C'était un code vital, source de vie et de régénération, rédigé sur le corps planétaire de la Déesse.

Les Illuminati

Les Telestai des Mystères étaient des shamans sophistiqués, passés maîtres dans les “techniques archaïques de l'extase”. Traditionnellement, les shamans étaient les intermédiaires entre la sphère de la culture humaine et la sphère de la nature non-humaine. Leur mission spécifique exigeait une faculté schizoïde de se déplacer entre deux mondes, de garder ces deux mondes distincts, et de réaliser des échanges entre les deux. Les schizophrènes possèdent naturellement cette mobilité qui les subjugue aisément lorsqu'ils manquent de l'orientation spirituelle adéquate et d'un entraînement approprié. Une schizophrénie bien gérée peut produire de grandes oeuvres de mythopoésie, tel qu'on peut le voir dans les ouvrages d'Antonin Artaud, de Philip K. Dick et de Carlos Castaneda pour ne citer que trois exemples (mâles).

Les adeptes des Mystères qui étaient responsables du développement de la potentialité humaine à son niveau optimal prenaient grand soin de ne pas risquer des problèmes schizophréniques avec leurs élèves et leurs néophytes. Ils avaient pris conscience de combien il est aisé d'induire et d'exploiter des états schizophréniques qui peuvent se manifester spontanément durant le processus d'initiation. L'abaissement, ou la dissolution intégrale, requis de l'ego-soi génère une grande suggestibilité dans le sujet. Les néophytes dans les Mystères étaient des sujets privilégiés pour “l'implantation”, le processus par lequel un contenu ou un programme psychique prédéterminé est implanté dans le mental subconscient. L'implantation se manifeste de façon universelle dans la nature comme un moyen par lequel les programmes instinctuels sont transférés d'une génération à une autre. L'éthologue Konrad Lorenz (1903-1989) est célèbre pour avoir programmé des canetons nouveaux-nés, en les convainquant qu'il était leur mère. Lorentz créa l'expression “mécanismes innés de déclenchement”, par lesquels certains organismes sont génétiquement prédéterminés pour réagir à certains stimuli. Les idées exprimées dans son ouvrage très populaire L’Agression, une histoire naturelle du mal (1966) étaient connues des initiés grâce à leur observation directe et intime d'activités psychomimétiques, qui sont formulées aujourd'hui dans la science de la programmation neuro-linguistique.

En bref, le psychisme peut être incité à imiter un comportement modelé pour lui de façon rituelle ou bien mimer un comportement assigné lorsqu'il est exposé à un signal spécifique (suggestion post hypnotique). De telles manipulations de la psyché dépendent des conditions primordiales de l'initiation: à savoir une dissolution temporaire du filtre de la conscience de soi.

La manipulation comportementale, la programmation psychologique et le contrôle mental répugnaient totalement aux telestai authentiques des Mystères antiques. Ils considéraient que de telles procédures constituaient une voie éloignant de la consécration à Sophia et au Grand Oeuvre de co-évolution avec la nature, une voie menant aux jeux de pouvoir personnel et au modelage social. La finalité des telestai était de promouvoir une société saine et équilibrée en aidant les individus à atteindre leur potentiel optimal et en n'intervenant jamais dans la gestion sociale.

Au cours du temps, des initiés décidèrent néanmoins de s'engager sur la voie du modelage social. Les membres dissidents du mouvement Gnostique, qui furent connus sous le nom “d'Illuminatis”, choisirent d'utiliser des connaissances initiatiques pour développer et faire appliquer diverses techniques de modification comportementale. Originellement, les Illuminati étaient membres de l'Ordre des Mages, un ancien lignage Perse de shamanisme dont est issu le mouvement Gnostique. Les historiens estiment que les Mages constituaient la classe des prêtres de Zoroastre ou de Zarathoustra. Selon une note de scribe rédigée en marge d'Alciabides I, une oeuvre attribuée à Platon, “Zarathoustra est dit avoir précédé Platon de 6000 ans”. Dans son ouvrage extraordinaire et peu connu, Plato Prehistorian, Mary Settegast situe l'émergence de l'ordre des Mages, la classe des prêtres originelle de l'ancienne religion Iranienne, durant l'Age des Gémeaux, aux alentours de 5500 avant EC, une date qui est validée par les sources Grecques. L'Age des Gémeaux dura de 6200 à 4300 avant EC. Le motif de dualisme associé avec la constellation des Gémeaux est en synchronisme avec le thème central de la religion Iranienne: la dualité cosmique absolue, le Bien versus le Mal.

Mais ce genre de dualité n'est pas ce que nous trouvons dans les écrits Gnostiques. Le problème auquel étaient confrontés les prédécesseurs Mages des Gnostiques était la dualité de l'intention humaine et non pas la dichotomie des absolus cosmiques. Aux alentours de 4000 avant EC, avec l'émergence de la civilisation urbaine dans le Proche Orient, certains membres de l'ordre des Mages choisirent d'appliquer certains secrets de l'initiation au modelage social et à la politique. Ils devinrent les conseillers des premiers théocrates des états-nations patriarcales mais, en fait, c'étaient les conseillers qui menaient le jeu. Leurs sujets étaient systématiquement programmés pour croire qu'ils descendaient des dieux. Les Illuminati mirent en place des rites élaborés de consécration, ou rites de royauté. Ces rites étaient, en fait, des méthodes de contrôle mental appliquées à la population au travers de la symbolique collective et de la mystique de l'autorité royale. Les rituels de royauté étaient distincts des rituels d'initiation qui menaient à l'instruction par la Lumière et à la consécration à la Grande Déesse. La finalité des rituels de royauté n'était pas l'éducation ni l'illumination mais la gestion sociale. Les Gnostiques refusaient toute implication dans la politique parce que leur intention n'était pas de changer la société mais de promouvoir l'épanouissement d'individus habiles, équilibrés et illuminés qui créeraient une société saine au point qu'il n'y aurait nulle nécessité de la gérer par un contrôle extérieur. L'intention des Mages dissidents de gérer la société par un contrôle occulte était fondée sur le présupposé selon lequel les êtres humains ne sont pas intrinsèquement assez bons ou doués pour créer un monde humain. Cette divergence de points de vue quant au potentiel humain fut le principal facteur qui précipita la division au sein de l'ordre des Magis.

Les historiens reconnaissent une scission dans l'ordre des Mages mais n'en comprennent pas les origines ou les conséquences. Au sein de l'ordre, on donnait aux telestai le titre de vaedemna, “voyant”, “sage” pour les distinguer du prêtre, le zoatar, qui officiait ouvertement dans la société et qui conseillait les théocrates du Moyen Orient sur les sujets de politique et de moralité sociale, pour ne pas mentionner le planning agricole - car Zoroastre fut l'instigateur, aux dires de tous, de l'introduction d'une agriculture planifiée et de large échelle. Il est généralement admis que les femmes découvrirent, en cueillant des plantes, comment les cultiver et qu'ultérieurement les hommes développèrent cette découverte pour en faire le précurseur de l'agri-business. C'est ainsi qu'émergèrent les premières cités-états du Croissant Fertile. (On pourrait définir la civilisation comme un mode de vie qui débute par la production de masse de légumes pour favoriser l'accroissement de la population et qui finit par une population de légumes). Les populations urbaines nécessitaient un contrôle social et les Illuminati assumèrent le rôle de planificateurs et de contrôleurs - et le plus souvent de contrôleurs occultes.

Dans Plato Prehistorian, Mary Settegast explique qu' “à une extrême, Zarathoustra a été décrit comme un extatique primitif, une sorte de shaman; à l'autre extrême, comme un familier mondain des rois Chorasmiens et des politiques de cour”. La distinction entre le shaman-voyant et la figure sacerdotale, impliquée dans les politiques de cour, caractérise la scission au sein de l'ordre des Mages. Dans le livre III de la République, Platon dévoila la logique des Illuminati: “inventer un mensonge noble afin de susciter les convictions de toute une communauté”. Le premier usage rapporté du nom gnostikos se trouve dans le Politicus de Platon (258e-267a) dans lequel le politicien idéal est défini comme “le maître de l'art Gnostique”. Dès l'origine de son introduction dans la tradition intellectuelle Occidentale, le terme gnostikos fut associé à tort avec la faction des Illuminati et c'est ainsi que le nom fut désavoué par les telestai qui refusaient de s'impliquer dans la politique et la gestion sociale en utilisant la logique du “noble mensonge”. En fait, les gnostokoi tels qu'Hypatia n'auraient jamais utilisé un tel terme pour se désigner eux-mêmes. Six siècles après Platon, l'usage de ce nom était insultant. Les Pères de l'Eglise ridiculisèrent les instructeurs des Mystères avec le terme gnostokos car ils prêtaient à ce terme la signification de “ceux qui savent tout”, les “ânes savants”. Entre eux, les initiés utilisaient le nom telestes. Paradoxalement, le nom “gnostique” nous parvint terni par la condamnation de l'Eglise Catholique et associé avec les membres mêmes de l'ordre des Mages qui étaient désavoués par les gardiens des Mystères.

Le programme Illuminati était (et est encore) fondamental au patriarcat et à sa couverture, la religion de la perpétration. Bien que l'on ne puisse pas affirmer exactement que les adeptes déviants connus sous le nom d'Illuminati créèrent le patriarcat, ils le contrôlèrent certainement. Et ils le contrôlent encore. Le mésusage de connaissances initiatiques pour induire des états schizophréniques (entraînement), pour manipuler des personnalités multiples chez le même individu (induction d'une plate-forme) et pour programmer des comportements par suggestion post hypnotique (la technique du “candidat Manchourien”) perdure à ce jour avec des conséquences véritablement maléfiques pour le monde entier. Si nous acceptons que les Mystères étaient des écoles de co-évolution Gaïenne consacrées à la déesse Sophia, ils ne pouvaient pas être sous l'égide des Illuminatis ainsi que certains auteurs contemporains (qui croient qu'ils sont en train de dévoiler les Illuminatis) l'ont supposé. Tout ce que les Gnostiques réalisaient dans les écoles avait pour finalité de contrebalancer et de corriger les machinations des adeptes déviants. L'initiation impliquait la dissolution des limites de l'ego en préparation pour la communion profonde avec la nature et non pas l'abaissement du seuil de conscience de l'ego afin que le sujet puisse être “divisé” et programmé sur le plan comportemental par le biais du pouvoir de suggestion, d'implantation et d'autres méthodes psychodramatiques. Ces outils de modification comportementale étaient strictement prohibés dans les Mystères supervisés par les Gnostiques.

John Lash

Traduction de Dominique Guillet