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•> Les Champignons Hallucinogènes du Mexique: Considérations Psycho-physiologiques

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Les Champignons Hallucinogènes du Mexique:

Considérations Psycho-physiologiques

Roger Heim

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Le présent mémoire a apporté à ce secteur de recherches quelques éléments nouveaux à la suite des expériences tentées avec le Dr. P. Thevenard. Elles viennent s'ajouter aux précieuses et premières indications apportées par le Professeur J. Delay, et ses collaborateurs, dans notre volume initial des Archives. (Archives du Museum National d'Histoire Naturelle. 1958)

Ces essais répondaient à une question essentielle: l'expérimentateur conservera-t-il ensuite quelque trace de l'épreuve que la drogue lui a fait traverser? Après cette aventure qui a pu momentanément dissocier ses idées, réintroduire des souvenirs disparus, dessertir ses expressions verbales, décomposer le flux de sa pensée, mécaniser ses aptitudes graphiques, quelque élément relictuel n'en est-il pas demeuré en son comportement, son élocution, ses modes de raisonnement? Doit-on suivre Aldous Huxley qui croit à l'utilité pour le patient de son expérience? Chacun devrait-il tenter son petit voyage à travers le mur de la perception, par la porte que la psilocybine, le haschisch, la mescaline lui ont ouverte? En reviendra-t-il, comme dit Huxley, “moins prétentieusement sûr, moins satisfait de lui, plus humble en reconnaissant son ignorance”? La vanité fondamentale de l'homme m'inspire à ce propos quelque scepticisme.

En vérité, la question apparaît beaucoup plus complexe que ne sembleraient le faire croire les précédentes suppositions. Tout est compliqué dans les prétendues unités structurelles dont notre monde est fait; l'atome l'est autant que la matière, la race que l'espèce, la bactérie que le baobab. Et le cerveau humain l'est quand même ou plutôt à fortiori prodigieusement. On comprend que les réactions somatiques déjà, physiologiques bien sûr, caractérielles plus encore, mieux: psychiques, puissent s'additionner autour de quelques relevés typiques, nettement définis dans leurs traits essentiels, mais avec combien de nuances, de décalages, d'infinitésimal. C'est l'explication rigoureuse de chaque exemple qui pourrait être considérée comme le but scientifique à atteindre.

Pour confirmer cette opinion, nous avons introduit ici avec le Dr Thevenard quelques relations de cas particuliers, individuels, étudiés par nous-mêmes, et qui révèlent cette pluralité de réactions avant d'en établir peut-être un jour pour chacune le pourquoi. L'analyse plus approfondie du film Les Champignons Hallucinogènes du Mexique, version intégrale (2 heures 20) en fournira le moyen aux psychiatres.

On conçoit donc, en raison du caractère quelque peu spectaculaire de telles investigations et de leurs applications, et en définitive de leur importance quant à notre connaissance psychique de l'homme, que les études que nous avons entreprises, R. Gordon Wasson et nous-mêmes, sur les Agarics hallucinogènes du Mexique, la découverte de la psilocybine et de la psilocine, les investigations poursuivies quant à l'action de ces champignons et de ces substances sur l'homme, les particularités des rites attachés à l'histoire des religions dont l'exemple nous a été livré par des recherches ethnologiques, propres aux usages anciens et encore en vigueur dans le sud, l'ouest et l'est du Mexique, aient trouvé des échos dans la presse et peu à peu dans l'opinion. Comme toujours en pareil cas, les conséquences en ont souvent été déformées, les interprétations tendancieuses, les confusions et les erreurs qui les ont suivies multiples.
On a souvent généralisé les dangers certains de la diéthylamide de l'acide d-lysergique, corps artificiel obtenu de la synthèse par Albert Hofmann à partir de l'acide lysergique - qui est le noyau des alcaloïdes tirés de l'ergot de seigle - aux effets des champignons psychodysleptiques - Psilocybes et Strophaires - utilisés sans danger par les Indiens du Mexique depuis 30 siècles et par leurs imitateurs Européens. On a négligé ou suspecté par généralisation erronée, par ignorance ou facilité, l'intérêt évident de la psilocybine, grâce au pouvoir remarquable qu'elle présente par la résurgence des souvenirs perdus, dans le traitement psychiatrique de nombreux malades mentaux. Des campagnes de presse, destinées à la vente de papiers à grand tirage, ont exagéré les dangers réels du LSD 25 et compromis par des généralisations ridicules ceux - pratiquement inexistants - du peyotl et des teonanacatl. (Note de l'éditeur: Teonanacatl est le nom Nahuatl pour les champignons hallucinogènes au Mexique). Cette agitation a gagné les commissions internationales et les milieux gouvernementaux, conduisant à des textes de contrôle ou de répression excessifs, alors que personne n'a profité de cette campagne pour jeter le véritable cri d'alarme, celui concerne l'augmentation effarante de la consommation d'alcool dans le monde, et les effroyables ravages qu'elle provoque dans les pays d'Afrique Noire où partout, en forêt, fonctionnent des alambics clandestins, et au Mexique où le tochila remplace les drogues hallucinogènes naturelles et sans danger en Amérique du sud, dans les pays des USA et de l'Europe où l'éthylisme mondain et les drogues dites classiques exercent leurs méfaits.

Si ces conséquences actuelles de la publicité rendue en partie à nos propres travaux doivent logiquement, selon la balance du temps, se rapprocher un jour de leur véritable portée, la valeur rigoureuse et thérapeutique des faits demeure et ses prolongements s'affirment déjà dans les domaines de la science.

En effet, le 19 ème siècle avait vu s'affirmer la conquête d'une anatomie chirurgicale du cerveau qui a mené la physiologie vers d'importantes acquisitions comme celle des réflexes conditionnés. Aujourd'hui, c'est d'un tout autre aspect des procédés et des buts de la recherche que la connaissance du cerveau s'enrichit: ce sont la neuropsychologie, la physio-pathologie, la psycho-pharmacologie qui, par l'exploration psycho-chimique du normal, du paranormal et de l'anormal, s'efforcent de mettre en évidence le déterminisme même des réactions et des activités psychiques. En fait si le spiritisme du 19 ème siècle - et bien entendu de plus loin encore - ne résiste pas aux acquisitions d'une psycho-physiologie objective, cela ne veut pas dire que certaines données anciennes de la parapsychologie, propres à des phénomènes paranormaux, ne trouvent pas là une raison d'être réexaminées et autrement interprétées. Mais il y a beaucoup mieux. Les occasions expérimentales étaient rares dans ce secteur; elles sont aujourd'hui combien dépassées dans leur intérêt et leur efficacité, et c'est là sans doute l'une des raisons qui ont conduit au succès d'une pharmacologie nouvelle,
ouverte à des possibilités d'expériences déterminantes et au bien-fondé des investigations expérimentales tirées de l'usage du LSD 25, de la mescaline et plus récemment de la psilocybine. Le demi-siècle et surtout les dix années qui nous précèdent ont permis d'éclairer de plus d'une lueur ce domaine difficile qui risquerait d'être dangereux s'ils sortait du contrôle qu'exercent sur lui médecins et biologistes, mais passionnant en vérité, propre à l'expérimentation de produits végétaux, la plupart tirés des connaissances lointaines mais plus d'une fois efficacement indicatives de peuples dits “primitifs”, restés hors du contact - circonstance malheureusement bientôt périmée - avec la civilisation occidentale.

Nous savons encore que ces drogues hallucinogènes ont été utilisées en fait depuis un siècle par des littérateurs et des artistes de renoms, qui ont apporté à ce chapitre de l'expérience personnelle le concours d'observations préliminaires. Mais ces données sont déjà très largement dépassées.

On trouvera dans ce nouveau livre quelques brèves relations montrant l'intérêt des résultats liés à des expériences qui prouvent les rapports étroits entre le psychisme naturel, partie dominante du capital génétique, j'entends apparent, traductible, d'un individu, et les modifications, momentanées généralement, définitives mais particulières et atténuées quelquefois, auxquelles il est exposé, pendant, et parfois après ses expériences “à travers le mur”.

Reste demain. Quel avenir sera réservé aux aspects psycho-physiologique et thérapeutique de nos connaissances sur les champignons psychotropes? Au domaine que nous avons exploré, nous avons essayé d'appliquer la rigueur de méthodes que la science nous livrait. Peut-être en est-il sorti autre chose que ces réclames à grand tirage et ces clameurs déraisonnées dont la grande presse de l'ignorance a fait un bruyant usage. Mais si R. Gordon Wasson, si nous-mêmes, avons abordé et en partie contribué à ouvrir avec enthousiasme cette province moderne de la recherche, et si ces études ont conduit à quelques acquisitions dont les perspectives sont loin d'être délimitées,
c'est peut-être aussi parce que nous étions attachés l'un et l'autre à deux tendances, à deux convictions que nous souhaitons voir demeurer d'autre part, et également, sur un clavier plus étendu parmi les jeunes qui seront les hommes et les femmes de demain: bien sûr l'instinct inné de la recherche pure vers la découverte imprévisible, détachée à priori de toute pensée d'application, mais d'autre part le sens et le respect du sacré qui ne sont qu'actes d'humilité et d'admiration à l'égard de ceux qui ont précédés.

Extrait des Archives du Museum National d'Histoire Naturelle. 1965/1966, pages 216 à 218.